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DISCRIMINER POUR MIEUX REGNER

 Vincent Geisser et Yamine Soum )

Enquête sur la diversité dans les partis politiques

Edition de l’Atelier( Juin 2008)

En février 2008, le président de la République présentait à la France son projet d’inscrire la diversité dans le préambule de la Constitution, et ceci au nom de la lutte contre les discriminations dans le système politique. Force est de constater que les discriminations n’ont jamais été aussi criantes. Dans la société française très peu de responsables issus de l’immigration ont en charge des postes de pouvoir ou de décision ; cette sous -représentation affecte aussi le domaine de la politique où les «  issus de » l’immigration accèdent très rarement aux fonctions électives.. Et là, les chiffres sont éloquents :  sur 577 députés, pas un seul député dit «  de la diversité » ne siégera jusqu’en 2012 à l’Assemblée nationale( !). Mis à part les effets d’annonce, les institutions françaises s’avèrent donc incapables de refléter la pluralité et le métissage de la société . Comme souvent en politique, le terme diversité n’est qu’ une belle figure de rhétorique dont les effets concrets se font attendre.

 

«  Discriminer pour mieux régner » se propose de retracer l’histoire de la diversité en politique depuis 20 ans et de faire le point sur les rapports entretenus entre les partis politiques et les enfants de l’immigration.

 

.Diversité ou diversion ? Assiste-t-on à une sorte d’  « ethnicisation républicaine » qui mettrait à mal le modèle d’intégration à la française? Pour répondre à ces questions deux politologues, Vincent Geisser, chercheur au CNRS et El Yamine Soum, doctorant à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, se sont penchés sur les documents internes des différents partis politiques et ont recueilli les témoignages d’ une trentaine de personnalités politiques, d’ élus et de militants .

 

A droite comme à gauche, chacun revendique la paternité du concept, qui est pour les auteurs de cet ouvrage, un concept piégé. C’est ce qu’ils appellent  « le paradoxe de la diversité à la française ». Car, par delà les beaux discours égalitaires lénifiants, il semble que les responsables politiques en place, fassent preuve d’une grande frilosité, la règle d’or de la diversité étant surtout de préserver le statu quo : apprendre au «  divers » à rester à sa place. Tout en affichant leur détermination à combattre les discriminations, les dirigeants politiques arrivent rarement à se départir d’une vision paternaliste voire colonialiste de l’immigré. On se refuse à traiter l’Autre comme un citoyen à part entière, et de la sorte on ne fait que reproduire la logique du « Eux » et « Nous ».

 

Les élites issues de l’immigration servent trop souvent de « faire valoir » aux partis politiques qui, pour mieux séduire une partie de leur électorat, joue sur l’exotisme du candidat. Cette démarche ne fait que renvoyer l’Autre à son particularisme culturel - une sorte d’assignation à résidence identitaire -  le candidat issu de l’immigration n’étant pas choisi pour sa compétence ou son expérience mais pour son appartenance communautaire .

 

Paradoxalement donc le terme de diversité en vient à occulter et à légitimer les discriminations à l’extérieur mais surtout à l’intérieur des partis politiques, retardant ainsi l’émergence des Français issus de l’immigration dans le champ politique.

 

. . Les auteurs de l’ouvrage voient dans cette thématique une forme de discrimination positive qui ne dit pas son nom, une sorte de « schizophrénie républicaine ».qui servirait à brouiller les données et les positionnements politiques.

 

Face aux discriminations, s’organise une forme de résistance : on assiste un peu partout à l’émergence de cercles de réflexion et d’action, rassemblant des personnalités venues d’horizons divers ( professionnels des médias, hommes politiques …) qui, tout en restant attachés au modèle républicain, mettent en place des stratégies pour prendre réellement en mains le problème de la diversité et porter leur voix dans le débat public, (Egalité d’abord, Averroes, 21ème siècle).

 

Il y a là matière à réflexion et un champ d’action à investir. Comment sortir de ce concept piégé qui domine la vie politique française ? Comment corriger ces inégalités de traitement ? Quelles stratégies mettre en œuvre pour promouvoir une revendication des plus légitimes ?.

 

Pour les auteurs de l’ouvrage il y a urgence à dépasser les blocages institutionnels et à entreprendre une modernisation du système politique français de façon à mettre fin à l’hégémonie des « hommes blancs quinquagénaires ». Mais le plus grand défi est selon Vincent Geisser ( Interview du 4 juin 2008 sur Oumma .com) «  briser le ghetto de la diversité », de faire évoluer les mentalités,  de changer notre regard sur les «  issus de » pour que les élites de la diversité puissent enfin trouver leur place et être reconnus comme des acteurs à part entière de la vie politique française, y compris dans les lieux de pouvoir et de décisio

Note : il serait intéressant , sur le plan de la profondeur historique, d’ étudier dans quelle proportion les descendants de l’immigration européenne ( polonaise, portugaise, italienne…) immigration plus ancienne , sont représentés dans la sphère politique française depuis les municipalités jusqu’au sommet de l’état.

 

Merci à Colette pour ce texte.

 

 

 

Tag(s) : #Discriminations