Colonialisme

Vendredi 30 juin 2006

Lettre ouverte à Monsieur Hamlaoui MEKACHERA
Ministre délégué aux Anciens Combattants


Monsieur le Ministre délégué aux Anciens Combattants,


Le 5 juillet 2006, à l’Arc de Triomphe de Paris, l’association ALLO (« Anciens du Lycée Lamoricière d’Oran »), couverture de l’association ADIMAD-OAS, a obtenu l’accord de raviver la flamme du soldat inconnu.

Le Président de l’ADIMAD-OAS, Jean-François Collin, appelle à cette manifestation d'une haute importance symbolique  en déclarant : « Les discours ne sont pas autorisés sur place. Mais qu’importe ! Ce geste est bien plus important que tous les discours. »

Ce même Jean-François Collin, le 7 juin 2005, assimilait le Général de Gaulle à Hitler, propos en accord avec le projet de l'ADIMAD-OAS, association de nostalgiques de l'Algérie française qui se glorifie d'honorer  notamment Jean-Marie Bastien-Thierry, Roger Degueldre, Claude Piegts, et Albert Docevar, condamnés à mort et fusillés pour avoir perpétré les attentats contre le Président de la République, des hauts fonctionnaires, des milliers de civils et  de policiers. Nous ne pouvons qu'être révoltés.

Etant donné  la gravité des faits, nous souhaiterions, Monsieur le Ministre, que soit annulée une  manifestation  insultante pour  les familles  des victimes , et contraire aux valeurs de la République, en ce sens qu'elle ravive la mémoire des crimes au lieu de chercher le chemin de l'apaisement nécessaire  aux mémoires blessées. La flamme du soldat inconnu doit briller pour nous rappeler les vies perdues au service des grandes causes. Ne dévoyons pas son message de clarté !

A défaut, nous serions contraints, Monsieur le Ministre, d’appeler près de l’Arc de triomphe à une manifestation silencieuse de dignité, porteuse de notre révolte face à l'affront d'une manifestation
revancharde sur le lieu de paix que représente le cénotaphe du soldat inconnu.

Nous restons bien entendu à votre disposition pour une rencontre et nous vous prions de bien vouloir agréer, Monsieur le Ministre, l'expression de notre très haute considération.

Paris, le 30 juin 2006

Mouloud Aounit
Président

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Mardi 24 octobre 2006
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Samedi 24 février 2007

Henri Pouillot milite au MRAP, et il témoigne :

http://www.henri-pouillot.fr/pages/26alhomepag.html

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Dimanche 25 février 2007
CONFERENCE DEBAT AURA LIEU LE 13 MARS 2007 A LA MJC PICHON  (à partir de 20 heures) AVEC  XAVIEL HAREL , journaliste à la TRIBUNE et  collaborateur à la revue POLITIQUE INTERNATIONAL POUR SON LIVRE AFRIQUE, PILLAGE A HUIS CLOS publié chez FAYARD

 

 La  malédiction de l’or noir

Dans un livre passionnant, Afrique, pillage à huis clos (Ed. Fayard), le journaliste Xavier Harel décortique les mécanismes du "siphonnage" organisé du pétrole d’Afrique subsaharienne. Un voyage effrayant dans un monde où des dirigeants prédateurs, avec la complicité active des grands de ce monde, sont prêts à tout pour ravir une richesse qui permettrait pourtant au continent de sortir de la pauvreté.

 

© Editions Fayard

1 000 milliards de dollars
Il n’y a que les Africains eux-mêmes pour le croire. Les Africains et les compagnies pétrolières, qui savent mieux que quiconque l’immense richesse d’un continent voué à la misère. Quel habitant de ce monde, qui n’a de l’Afrique que des images de guerre, de sida ou de famine, pourrait en effet penser que cette partie de la planète, assise sur 8 à 10 % des réserves mondiales de pétrole, est potentiellement plus riche que la plupart des Etats occidentaux ? Que la précieuse huile, qui a déjà permis aux quatorze Etats africains producteurs d’or noir d’encaisser des centaines de milliards de dollars en quelques années, en générera plus de 1 000 milliards entre 2002 et 2010 si les niveaux se maintiennent autour de 60 dollars le baril ?
Difficile de croire à tant d’opulence devant le spectacle de l’extrême pauvreté, de la corruption généralisée et de l’instabilité politique. Et pourtant... Dans une enquête passionnante, le journaliste Xavier Harel rappelle combien ce continent est riche (non seulement en pétrole, mais aussi en matières premières diverses) mais « comment une poignée d’initiés siphonne le pétrole africain ». L’Afrique a littéralement succombé à la « malédiction » d’un or noir qui l’a appauvrie plus qu’il ne l’a enrichie. Avec les vifs encouragements des grands corrupteurs que sont les pays riches, soucieux de pérenniser les sources d’approvisionnement d’une ressource périssable mais, aussi, de permettre à leurs compagnies pétrolières, aux banques et à la multitude d’affairistes s’agitant dans leur sillage d’encaisser des sommes faramineuses.

Le cas du Congo-Brazzaville
Xavier Harel s’attarde sur le cas emblématique du Congo-Brazzaville, Etat d’Afrique centrale francophone, 4ème producteur de pétrole d’Afrique subsaharienne et l’un des plus endetté au monde, avec 9,2 milliards de dette publique. Sur ce territoire grand comme les deux tiers de la France, on ne dénombre qu’une seule route bitumée reliant la capitale, Brazzaville, à... Oyo, village natal du chef de l’Etat, Denis Sassou Nguesso. Soixante-dix pour cent des 3,8 millions de Congolais vivent au dessous du seuil de pauvreté (moins d’un dollar par jour) et n’ont connu, en quarante ans, que gabegie et pas moins de trois guerres civiles dans un intervalle de six ans.
Le président, lui, ne mégote pas à la dépense : quand il s’agit de discourir deux heures sur les objectifs de réduction de la pauvreté devant les Nations unies, lui et sa suite s’installent huit jours dans un palace new-yorkais. Montant de la facture : 295 000 dollars, dont la moitié payée en espèces. Sassou, ex-marxiste reconverti, n’a selon l’auteur aucune raison de se priver : depuis qu’il est au pouvoir (de 1979, à la suite d’un coup d’Etat, à aujourd’hui, avec une interruption entre 1992 et 1997, année où il se proclame président avant d’organiser des élections truquées pour se faire « légitimer »), il pille allègrement les caisses de l’Etat, principalement alimentées par le pétrole, et intervient à tous les niveaux du circuit de l’or noir pour faire des « affaires ».

Détournements à tous les étages
Dans des pages extrêmement documentées, Xavier Harel remonte la piste des multiples détournements du pétrole : sous-évaluation des volumes de production et des taxes publiques sur ces volumes, achat à des prix largement en dessous du marché par des sociétés du clan Sassou qui les revendent au prix marché, montages financiers volontairement complexes à travers une kyrielle de sociétés écrans et avec l’expertise de banques occidentales. Rien que sur la période 2003-2005, « les autorités congolaises ont « oublié » de comptabiliser près d’un milliard de revenus pétroliers ! », révèle le journaliste, citant un audit international.

Le système Elf
Au Congo, il indexe tout particulièrement la responsabilité de la compagnie pétrolière nationale française Elf, devenue Total, qui a joué - et continue de jouer - un rôle considérable dans la tragédie de ce pays. Le nébuleux système Elf, qui est resté longtemps verrouillé même aux meilleurs enquêteurs, a explosé avec les révélations de son ex-PDG Loïk Le Floch-Prigent, dans ce qu’on a appelé « l’affaire Elf ». Elles ont mis sur la place publique le « système de corruption tentaculaire élaboré par le groupe pétrolier sur le continent africain », qui s’appuyait sur trois niveaux : le « bonus », ou frais de préreconnaissance, permettant de décrocher un permis d’exploitation. Les sommes en jeu étaient considérables, souligne Harel : 1,5 milliard de francs en 1991, par exemple.
L’« abonnement », lui, consistait en une « commission prélevée sur chaque baril et directement reversée sur des comptes en banque personnels des dirigeants africains ». Quant au « préfinancement », il permettait d’accorder ou de garantir un prêt à un Etat producteur, à des taux prohibitifs (40 %), contre une partie de la future production.

Diplomatie parallèle
Elf n’est évidemment pas la seule compagnie pétrolière à pratiquer des financements occultes pour s’octroyer des marchés. Elle s’est inspirée de pratiques anglo-saxonnes et les a inspirées en retour. Mais, contrairement à nombre de ses concurrentes qui ne visent que les bénéfices, l’entreprise nationale a été fondée dans un but spécifique : « Elf n’est pas seulement une société pétrolière, c’est une diplomatie parallèle destinée à garder le contrôle sur un certain nombre d’Etats africains, surtout au moment clé de la décolonisation », rapporte Harel en citant les propos de Le Floch-Prigent.
Les liaisons troubles entre Denis Sassou Nguesso et Jacques Chirac, prêt à défendre sur la scène internationale son « ami » pourtant impliqué dans un massacre de grande envergure dans son pays (l’affaire des disparus du Beach), témoignent de la persistance de liens où le pétrole constitue le principal atout au jeu du « je te tiens tu me tiens par la barbichette ». Les enrichissements illicites, les commissions aux partis politiques façonnent toujours un monde d’argent et de pouvoir entre la France et la plupart de ses anciennes colonies aujourd’hui Etats pétroliers, fondé sur le pillage du pétrole africain et son contrôle coûte que coûte - y compris par les armes.

Guinée-Equatoriale, un régime de terreur
Xavier Harel ne se contente pas de décortiquer le cas du Congo. Il mène l’enquête sur les principaux pays producteurs de pétrole africains, en particulier le Nigeria (1er producteur), l’Angola (2ème) et la Guinée-Equatoriale (3ème), sur laquelle il se penche avec minutie. Devenu, en quelques années, une corne d’abondance pétrolière, ce petit Etat de 600 000 habitants reproduit le scénario de la malédiction de l’or noir. Là encore, 65 % des habitants vivent avec moins d’un dollar par jour, et la plupart n’ont ni eau courante ni électricité. Cinq pour cent de la population accapare 80 % du revenu national. Le clan familial du dictateur au pouvoir, Teodoro Obiang Nguema, rafle tous les marchés et contrôle toutes les entreprises liées à l’or noir. C’est-à-dire toute l’économie du pays.
C’est ce Teodoro Obiang qui fait régner sur son pays un régime de terreur, régulièrement mis en cause pour ses atteintes aux droits de l’homme et kleptomane avéré de la principale richesse du pays, que le président états-unien et ses amis ont soudainement trouvé respectable. « Que tous ceux qui connaissent la tyrannie le sachent : les Etats-Unis n’ignoreront pas votre oppression ni n’excuseront vos oppresseurs », disait G. W. Bush dans son discours d’investiture, en janvier 2005. Un an après, Condoleeza Rice, en visite en Guinée-Equatoriale, qualifiait publiquement Obiang de « bon ami » des Etats-Unis.

Blanchiment occidental
Quelques années plus tôt, la prestigieuse banque américaine, la Riggs Bank, fermait ses portes après qu’on eut constaté qu’elle blanchissait de l’argent sale. Mais son principal client n’était pas, comme on le croyait, Augusto Pinochet, titulaire d’un compte de quelques millions de dollars, mais Teodoro Obiang Nguema, qui y avait déposé 700 millions de dollars, en grande partie en argent liquide.
Néanmoins, révèle Xavier Harel, le plus gros blanchisseur reste la City londonienne. Le « premier centre financier au monde [et] aussi la première industrie [qui] fait vivre des millions de Britanniques » a notamment recyclé près de 60 % des 4 milliards de dollars volés par l’ancien dictateur nigérian, Sani Abacha. Fin 2005, le directeur de l’agence fédérale de lutte contre la corruption du Nigeria lançait un appel aux pays riches pour tenter de récupérer... dix-sept milliards de dollars d’argent du pétrole détourné !

Aumône
Des sommes hallucinantes, qui donnent une idée des gains fabuleux que des pays prétendument pauvres - ou plutôt leurs élites prédatrices - retirent de l’or noir. Et réduisent au rang d’aumône les mesures fortement médiatisées des principaux complices occidentaux du pillage de l’Afrique : la taxe sur les billets d’avion de Chirac qui devrait dégager 200 millions pour lutter contre le sida, le paludisme et la tuberculose, les promesses de Tony Blair pour annuler une partie de la dette des pays pauvres - qui ne sera de tout façon jamais remboursée - sans jamais évoquer les paradis fiscaux où s’amassent les fortunes mal acquises. Même les larmoyants appels à l’aide au développement, pourtant encore scandaleusement loin des engagements, font pâle figure au vu du pactole attendu du pétrole africain. Que pèsent en effet les 200 milliards réclamés d’ici à 2015 (contre 65 aujourd’hui) pour réaliser les objectifs du Millénaire de l’ONU, quand l’or noir rapportera plus de 1 000 milliards en huit ans ?

Xavier Harel
Afrique, pillage à huis clos. Comment une poignée d’initiés siphonne le pétrole africain

Editions Fayard, Paris, 2006

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Mardi 29 mai 2007
 

C’est avec une très grande émotion que le Mrap vient saluer la mémoire de Claude Liauzu, mort le 23 mai dernier.

Claude Liauzu était un de ces historiens exigeants et courageux, qui, « faisait son travail » et ne confondait pas « l’apolitisme avec l’objectivité scientifique ».

Pied noir marocain, il s’était engagé très jeune dans la lutte pour l’indépendance de l’Algérie et toute son œuvre d’historien est consacrée à la colonisation, à l’immigration et à sa mémoire. Il disait, dans un entretien : « Un de nos objectifs est d’analyser la colonisation en permettant de lutter contre le risque de ce qu’on appelle “la guerre de cultures”, “la guerre de civilisations”, de lutter contre les risques de xénophobie, de racisme »

Il disait aussi : « La société française, comme les autres, vit une crise d'intégration et une crise d'identité qui favorise les fermetures, alors même qu'elle est profondément traversée par une pluralité venue non pas d'ailleurs mais de son propre passé colonial. La panne du prétendu modèle d'assimilation des populations immigrées, […] appelle parmi les alternatives une analyse rigoureuse des rapports entre la société française et cette part d'elle-même : l'immigré, l'indigène[…]. Exclusion sociale et exclusion ethnique conjuguent leurs effets. Comment faire la part de ces deux types de données ? Comment assumer la diversité sans s'enfermer dans la guerre des cultures ou dans un multiculturalisme sans rivages ? »

Claude Liauzu était l’incarnation du refus de la pensée simpliste et unilatérale qu’il critiquait d’où qu’elle vienne. Un de ses derniers combats aura été la pétition contre le Ministère de l’immigration et de l’identité nationale. Membre du Comité de vigilance face aux usages publics de l’histoire, il a joué un rôle essentiel dans l’abrogation de l’article de la loi du 23 février 2005 qui exigeait que les enseignants deviennent les thuriféraires de la colonisation française. Parce que, disait-il : « Il y a […] un risque à occulter les crimes et le racisme inhérents au fait colonial. Ces dénis de l’histoire encouragent ceux qui réactivent aujourd’hui les réflexes nationalistes et confortent, par contrecoup, ceux qui prônent l’enfermement communautaire des groupes disqualifiés, ainsi interdits de passé. D’un côté, on a une histoire mensongère, celle de la colonisation positive, et, de l’autre, une histoire faussée, fondée sur le ressentiment : c’est extrêmement dangereux d’un côté comme de l’autre ».

C’est pour toutes ces raisons que le Mrap ressent, avec la disparition de Claude Liauzu, non seulement la perte d’un ami, mais la perte d’un maître à penser qui nous aidait à mieux comprendre les phénomènes complexes auxquels nous sommes confrontés chaque jour, et donc à mieux lutter pour un monde dans lequel le racisme, le rejet de l’autre, la xénophobie et la guerre des mémoires tiendront de moins en moins de place.

Paris, le 28 mai 2005


Par Comité nancéien du MRAP
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