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«J'étais un étranger, et tu m'as accueilli»
La France renierait son histoire et son image en déshumanisant le  traitement des migrants.


Par ETIENNE PINTE, MAIRE DE VERSAILLES, DÉPUTÉ DES YVELINES. UMP
QUOTIDIEN : jeudi 20 septembre 2007

Accueillir, l'un des plus beaux mots de la langue française, semble aujourd'hui devenir tabou lorsqu'il s'adresse à l'autre, à  l'étranger. Pour certains, l'étranger n'a pas sa place dans notre  pays, la patrie des droits de l'homme et du citoyen. Accueillir est  trop souvent synonyme de quotas, cet horrible mot qui nous vient de  la communauté européenne et en particulier de la politique agricole  commune avec ses quotas laitiers. Comment peut-on parler de quotas 
lorsque l'on s'adresse à des hommes, à des femmes, à des enfants ? 
Accueillir au cas par cas a même été contesté par un directeur de cabinet d'un ministre de l'Intérieur au prétexte que les préfets  devaient appliquer la réglementation dans le domaine de l'immigration  de la même manière que pour les coefficients d'occupation des sols, 
c'est-à-dire sans aucune nuance.

Accueillir ne veut pas dire ouvrir nos portes à n'importe quelles  conditions, dans n'importe quelles circonstances et quelle que soit  notre situation économique et sociale. Accueillir signifie, pour les  uns, leur intégration dans notre pays en tant que réfugié politique, le regroupement familial, l'immigration choisie. Accueillir voudra  dire, pour les autres, une halte temporaire pour reprendre leur  souffle, pour construire de nouveaux projets, repartir vers de nouveaux horizons, leur pays d'origine ou d'autres contrées. Les  accueillir, c'est les aider à repartir d'un bon pied et les  accompagner à s'approprier une nouvelle vie. Cet accompagnement exige  beaucoup d'efforts d'information, de pédagogie, de sollicitude. Il  est insupportable de fixer des chiffres de reconduite à la frontière  et de donner l'impression que l'on exerce une chasse à l'homme. Il  n'est pas acceptable qu'on aille chercher une grand-mère en train de  faire sa toilette ou une famille tchétchène dont le fils Yvan aura  connu, dès le plus jeune âge, les souffrances de l'exil. Est-il  concevable de jouer avec la vie des grévistes de la faim sachant que  ces hommes ont la conviction qu'ils n'ont plus rien à perdre  puisqu'ils sont déjà en survie ? Certains penseront peut-être, en  lisant ces lignes, que je suis un idéaliste, un utopiste, un rêveur. 
J'ai pourtant connu toutes ces situations, et c'est la raison pour  laquelle je me dois de m'exprimer à ce sujet. Les grèves de la faim, je les ai vécues lors de l'occupation de la cathédrale Saint-Louis à  Versailles en 1995. L'accueil d'exilés ou de réfugiés, boat people ou Libanais, je sais concrètement ce qu'est leur ouvrir les portes de sa  maison. L'accompagnement au retour de nombreuses familles de Roms, parquées dans les sou-pentes de l'ancien centre de rétention de  Bobigny, c'était pénible, mais nous l'avons fait avec mes  collaboratrices. La réforme de la double peine pour éviter que les  enfants soient séparés de leur père étranger à sa sortie de prison ou  que les mères se voient privées de leur mari ou de leur compagnon,  nous l'avons fait avec le cinéaste Bertrand Tavernier, les associations, les avocats, les familles et grâce à Nicolas Sarkozy  alors ministre de l'Intérieur.
Tous ces hommes, toutes ces femmes, tous ces enfants ne sont ni des  quotas, ni des marchandises, ni des chiffres. Nous avons bénéficié de leur richesse quand nous étions chez eux à l'époque de la  colonisation. Nous avons été très contents de les faire venir dans  notre pays pour travailler dans nos mines et dans nos usines. Nous  sommes très heureux de les avoir à nos côtés dans les services à la  personne pour s'occuper de nos jeunes enfants et de nos personnes  âgées. Nous leur sommes très reconnaissants, même si cette gratitude  ne s'est pas exprimée comme elle aurait dû l'être, quand ils nous ont  aidés à nous libérer et qu'ils ont versé leur sang pour nous. Notre dette est immense à leur égard. Notre image de liberté, d'ouverture,  de tolérance qui imprègne tous les peuples de la terre ne doit pas se ternir parce que nous ne savons pas traiter avec intelligence et  humanisme l'accueil de l'autre. Quelles que soient nos convictions,  nous pouvons nous retrouver autour de la parole qui traverse les  temps : «J'étais un étranger, et tu m'as accueilli.»

Tag(s) : #Immigrés et étrangers