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C’est avec une très grande émotion que le Mrap vient saluer la mémoire de Claude Liauzu, mort le 23 mai dernier.

Claude Liauzu était un de ces historiens exigeants et courageux, qui, « faisait son travail » et ne confondait pas « l’apolitisme avec l’objectivité scientifique ».

Pied noir marocain, il s’était engagé très jeune dans la lutte pour l’indépendance de l’Algérie et toute son œuvre d’historien est consacrée à la colonisation, à l’immigration et à sa mémoire. Il disait, dans un entretien : « Un de nos objectifs est d’analyser la colonisation en permettant de lutter contre le risque de ce qu’on appelle “la guerre de cultures”, “la guerre de civilisations”, de lutter contre les risques de xénophobie, de racisme »

Il disait aussi : « La société française, comme les autres, vit une crise d'intégration et une crise d'identité qui favorise les fermetures, alors même qu'elle est profondément traversée par une pluralité venue non pas d'ailleurs mais de son propre passé colonial. La panne du prétendu modèle d'assimilation des populations immigrées, […] appelle parmi les alternatives une analyse rigoureuse des rapports entre la société française et cette part d'elle-même : l'immigré, l'indigène[…]. Exclusion sociale et exclusion ethnique conjuguent leurs effets. Comment faire la part de ces deux types de données ? Comment assumer la diversité sans s'enfermer dans la guerre des cultures ou dans un multiculturalisme sans rivages ? »

Claude Liauzu était l’incarnation du refus de la pensée simpliste et unilatérale qu’il critiquait d’où qu’elle vienne. Un de ses derniers combats aura été la pétition contre le Ministère de l’immigration et de l’identité nationale. Membre du Comité de vigilance face aux usages publics de l’histoire, il a joué un rôle essentiel dans l’abrogation de l’article de la loi du 23 février 2005 qui exigeait que les enseignants deviennent les thuriféraires de la colonisation française. Parce que, disait-il : « Il y a […] un risque à occulter les crimes et le racisme inhérents au fait colonial. Ces dénis de l’histoire encouragent ceux qui réactivent aujourd’hui les réflexes nationalistes et confortent, par contrecoup, ceux qui prônent l’enfermement communautaire des groupes disqualifiés, ainsi interdits de passé. D’un côté, on a une histoire mensongère, celle de la colonisation positive, et, de l’autre, une histoire faussée, fondée sur le ressentiment : c’est extrêmement dangereux d’un côté comme de l’autre ».

C’est pour toutes ces raisons que le Mrap ressent, avec la disparition de Claude Liauzu, non seulement la perte d’un ami, mais la perte d’un maître à penser qui nous aidait à mieux comprendre les phénomènes complexes auxquels nous sommes confrontés chaque jour, et donc à mieux lutter pour un monde dans lequel le racisme, le rejet de l’autre, la xénophobie et la guerre des mémoires tiendront de moins en moins de place.

Paris, le 28 mai 2007

 

Tag(s) : #Colonialisme, #Algérie