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http://www.mrap.fr/communiques/document.2009-03-20.1242384698/view

Les statistiques dites " ethniques " sont présentées comme un instrument de la lutte contre les discriminations. Le prétendu remède n'est cependant pas sans poser des problèmes de fond importants, qui pourraient aggraver le mal qu'il est censé guérir.

Ce lundi 23 mars, Yazid Sabeg, le Commissaire à la diversité et à l'égalité des chances, devrait installer officiellement une commission présidée par François Héran, directeur général de l'INED (Institut national d'études démographiques), chargée de lui proposer avant l'été prochain, en vue de légiférer, des mesures pour " rendre licite la mesure de la diversité ".

L'objet, au fond, n'est autre que la réémergence des statistiques dites " ethniques " qui avaient fait l'objet d'une recrudescence du débat public lors de l'examen parlementaire du projet de loi Hortefeux en novembre 2007.

Les statistiques à référentiel " ethno-racial " sont présentées comme un instrument permettant de mesurer les inégalités de fait entre groupes de population et, ainsi, de détecter l'impact de toutes les discriminations (y compris indirectes). Il peut aussi s'agir de permettre des mesures " positives " en faveur de tel ou tel groupe de population, désavantagé du fait des discriminations qu'il subit. Certains groupes désireux d'effectuer une démarche de " lobbying " pourraient s'en saisir, arguant du fait que si le groupe pèse 7 % de la population, il doit aussi représenter 7 % des emplois de telle catégorie, ce qui contrevient directement à la prise en compte primordiale des compétences.

C'est pourquoi le MRAP appelle à la plus grande prudence et rappelle qu'à ses yeux, la lutte contre les discriminations passe par le traitement prioritaire d'inégalités sociales et territoriales parfaitement connues qui recoupent dans une considérable mesure les inégalités et discriminations liées aux origines.

Dans l'ensemble, la problématique appelle trois commentaires complémentaires.

I- Conséquences du flou conceptuel des catégories :

Il convient d'abord de noter le flou conceptuel qui accompagne les catégories dites " ethniques ". L'auteur d'une discrimination raciste sait qui il souhaite discriminer et choisit d'y procéder sur le fondement de critères d'apparence physique non objectivables renvoyant à une origine réelle ou supposée. Dès lors que l'on chercherait, pour pallier ce caractère non objectivable, à élaborer des références ethno-raciales prétendument objectivables, le risque serait grand d'accréditer l'idée qu'il existerait de prétendues " races " en tant que catégories réelles, en flagrante opposition à la réalité de l'existence d'une seule et unique " race humaine ".

D'autre part, les expériences des pays où des statistiques " ethno-raciales " sont une pratique courante - Etats-Unis ou Royaume-Uni en tête - démontrent la difficulté d'établir des catégories cohérentes et durables. Au Royaume-Uni, où les catégories utilisées lors des recensements ont été modifiées déjà à deux reprises, une impression d'arbitraire s'impose : alors que les " Blancs " figurent comme une catégorie ethnique à part entière, on retrouve par ailleurs des nationalités (les Asiatiques figurent comme " Indo-Pakistanais ", " Chinois ", " Coréens " ou " Japonais " et non comme " Jaunes ") ou encore des groupes linguistiques (pour le continent africain).

En revanche, s'agissant de la mesure aux fins de connaissance, une démarche qui serait fondée sur le strict anonymat, le volontariat - soit l'absence d'obligation de répondre à une question sur l' " apparence ethnique " - et surtout sur des questions ouvertes (laissant la place libre à l'auto-déclaration fondée sur le " sentiment d'appartenance " propre de la personne) apparaît comme moins problématique.

II- Lutte contre le racisme, un acte d'universalisme :

Sur le plan de l'action, le MRAP souhaite rappeler que le véritable fondement de l'antiracisme est universaliste et n'est donc pas compatible avec une démarche de " lobbying " sur fond d'appartenance à un prétendu groupe " ethnique ". Ainsi le droit à l'égalité de traitement en matière d'accès au logement ou à l' emploi découle de l'appartenance au genre humain et non à un groupe aux origines spécifiques.

En conséquence, si la lutte contre toutes les formes de discrimination doit être renforcée, ce qui peut donner lieu à l'application de mesures de " rattrapage " pour les groupes qui en sont particulièrement victimes, est étrangère à l'antiracisme toute action fondée sur l'idée que la reconnaissance de droits devrait être couplés à une appartenance " ethnique ".

III- Existence d'alternatives aux actions annoncées :

Enfin il est indispensable de rappeler qu'il existe d'ores et déjà des alternatives de lutte contre les discriminations. Ainsi en est-il
- de la HALDE dont les pouvoirs devraient être renforcés, notamment au niveau de l'investigation des cas soumis,
- de mesures visant à neutraliser les mécanismes de discrimination, tels que le " CV anonyme ".



Paris, le 20 mars 2009
Tag(s) : #Statistiques ethniques, #MRAP