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Plus que jamais les mobilisations doivent se poursuivre

Plus de 1300 morts palestiniens (à l'échelle de la France plus de 55 000 victimes) et encore les chiffres sont loin d'être définitifs, un nombre incalculable de blessés graves, d'enfants mutilés, dans une situation sanitaire catastrophique, le bilan de l'offensive israélienne est terrible et l'après-guerre laisse la bande de Gaza dans une situation qui hypothèque lourdement l'avenir de la Palestine.


Nul doute qu'économiquement, socialement les répercussions de cette guerre dont la population civile a été la première victime, si ce n'est la cible principale, se feront sentir pour longtemps.


Si le cessez le feu a permis l'arrivée de secours et de vivres à Gaza, ce ne sont encore qu'une centaine de camions qui entrent alors même qu'en temps " normal ", pas moins de 500 camions étaient nécessaires pour assurer l'approvisionnement de la bande de Gaza. Si bien qu'aujourd'hui, on ne peut pas plus parler de levée du blocus qu'oublier le lourd tribut payé par les populations civiles, l'utilisation d'armes au phosphore blanc ou à l'uranium appauvri, l'expérimentation d'armes de nouvelle génération, ainsi que les crimes de guerre commis par Israël.


Dès à présent, le fragile cessez le feu en vigueur doit nous amener à nous interroger sur les raisons et le bilan de cette guerre qui laisse un pays ravagé sans pour autant avoir fait évoluer en mieux la situation antérieure qui avait vu le Hamas décréter, il y a 7 mois déjà, une trêve unilatérale en échange de la levée du blocus de Gaza, restée sans réponse.


En Israël, Ni les atrocités commises par l'armée dans la bande de Gaza, ni les mobilisations internationales pour condamner l'agression, ni la réprobation morale généralisée face au sort des populations civiles palestiniennes ne semblent pour l'heure amener vers plus de raison : qu'il s'agisse des responsables israéliens ou d'une opinion publique grisée par la puissance de son armée.


Il est dès lors peu probable que le gouvernement israélien issu des prochaines législatives procède à une révision complète de la stratégie en cours pour faire évoluer le conflit vers une quelconque solution acceptable.


Et pourtant, le mythe identitaire d'Israël ne peut continuer à justifier sa politique étrangère. Les différents gouvernements qui, jusqu'à ce jour, ont joué sur cette fonction mobilisatrice n'ont jamais montré de détermination pour faire appel à une fonction autre, bien plus importante et tout aussi mobilisatrice : celle que représente, loin des surenchères politiciennes, la construction sincère et patiente de la paix.


En Palestine, Le bilan humain est très lourd. Cependant, comme il en est dans toutes les guerres coloniales, les massacres ne font souvent que renforcer le sentiment national.


Aujourd'hui, - tout comme les massacres de Sabra et Chatila dans le passé- l'offensive contre Gaza va sans aucun doute ressouder les Palestiniens et renforcer - par delà leur opposition politique et leur séparation géographique entre Gaza et la Cisjordanie - leur volonté d'unité et de dépassement des clivages.


Ainsi seraient mis en échec les plans israéliens de division du peuple palestinien qui ont commencé avec l'évacuation unilatérale de Gaza et se sont poursuivis par le boycott du gouvernement issu des législatives palestiniennes (la mise en place de deux pouvoirs rivaux - l'Autorité palestinienne en Cisjordanie et le gouvernement du Hamas à Gaza - est le résultat direct de ce boycott).


Le processus électoral qui doit se dérouler en Palestine peut marquer, sans nul doute, un point de convergence des aspirations du peuple palestinien. Assurer une égalité de traitement de tous les partis, garantir la tenue des élections sans pression ou intervention extérieures, représentent, ainsi, une exigence fondamentale.


L'émergence d'un gouvernement d'union, tout comme la reconnaissance de sa légitimité par la communauté internationale, est un élément essentiel pour que la Palestine retrouve son unité dans cette phase cruciale de son histoire et du devenir de son peuple.


Seul un gouvernement palestinien, représentant sans contestation l'ensemble des Palestiniens et reconnu internationalement, aura l'autorité nécessaire pour entamer des négociations avec Israël.


Les mobilisations à venir doivent exiger et garantir l'existence de ce gouvernement.


En France, L'opportunisme des autorités a mis l'accent sur " une dangereuse importation du conflit moyen-oriental ", prenant eux mêmes par leur attitude le risque d'être responsable de cette " importation " et évitant par là même de répondre aux exigences des citoyens qui demandent la mise en place de sanctions contre Israël.


Pour le MRAP, le recours aux autorités religieuses pour prévenir de possibles affrontements " communautaires " participe d'une instrumentalisation du conflit israélo-palestinien et risque de contribuer à la transformation d'un problème politique international en une simple question intérieure. A cet égard, le prisme d'analyse mis en avant ne peut qu'engendrer le soupçon sur les buts réellement poursuivis :

  • ainsi en est-il de l'instrumentalisation des actes de violence qui ont pu suivre les manifestations de soutien à la Palestine (oubliant, à l'occasion, que nombre de manifestations autres connaissent également ce type d'incidents en fin de parcours).

De même la stigmatisation des jeunes de banlieues participe-t-elle de cette volonté de délégitimer toute action de solidarité en renvoyant de façon systématique au triptyque jeunes de banlieue/musulmans/terroristes.


Enfin ces actes de violence ne doivent pas servir de prétexte pour interdire, comme à Nice, tout rassemblement de soutien à la Palestine et plus largement pour mettre en cause le droit de manifester.

  • ainsi en est-il également de l'instrumentalisation de l'antisémitisme et d'une possible recrudescence de violences intercommunautaires dont les auteurs présumés semblent par avance déjà bien ciblés.

Le MRAP appelle à rejeter toute lecture communautaire dangereuse par nature et propre à consolider les clichés les plus éculés.


Alors que la diversité à l'intérieur même des " communautés " ne demande qu'à pouvoir s'exprimer, le MRAP réfute la prétention de toute structure " communautariste " à " représenter " ou à " parler au nom de " l'ensemble des membres de la communauté qu'elle dit représenter.


En ce sens, le MRAP condamne toutes démarches qui visent à traiter en partenaires privilégiés, et de façon quasi officielle, les structures communautaires.


Au plan diplomatique, la tenue de la réunion de Charm El Cheikh en dehors du cadre de l'ONU, la présence du Secrétaire Général en tant que simple participant, invité, marque la marginalisation de cette Organisation dans le dénouement de la crise. Tout semble se décider en dehors de l'ONU. D'ailleurs, les bombardements volontaires sur des installations des Nations-Unis démontrent la totale hostilité du gouvernement israélien de lui voir jouer un rôle actif dans le règlement du conflit.


Cela est inquiétant d'autant que dès les premières discussions les assurances données aux Israéliens contredisent l'exigence d'égalité des droits et de traitement.


Si le contrôle exercé sur la circulation des marchandises à la frontière égyptienne garantit la sécurité d'Israël, il met les Palestiniens sous dépendance totale et porte atteinte à leur droit inaliénable à se défendre. Interdire d'un côté aux Palestiniens toute possibilité de réarmement et permettre de l'autre à Israël de s'armer sans aucun contrôle, c'est bien la mise en pratique d'une politique du " deux poids, deux mesures " qui est inacceptable.


Privés du droit de se défendre comme de celui de résister, le seul droit des Palestiniens serait alors celui d'être invisibles !


Décréter un embargo sur les armes à destination d'Israël, exercer un contrôle sur la production de matériel militaire, exiger d'Israël la mise sous séquestre ou la destruction de ses armes les moins conventionnelles seraient sans aucun doute des mesures de nature à rétablir un meilleur équilibre et assurer une certaine confiance… Leur mise à l'ordre du jour n'est pourtant jamais abordée.


La réunion d'une commission d'enquête internationale qui puisse qualifier les faits graves commis par l'armée israélienne du crime de guerre au crime contre l'humanité marquerait sans détour la volonté de la " communauté internationale " de ne plus accepter qu'Israël se comporte en toute impunité en dehors des lois applicables à tous. Le MRAP soutient toute démarche visant à traduire les responsables devant une Cour Pénale Internationale.


Malheureusement, loin de présenter des mesures contraignantes pour Israël, les solutions actuellement envisagées ne peuvent que l'encourager à imposer par la force la poursuite du statu quo.


Pour le MRAP, la poursuite des mobilisations est nécessaire. Même si les armes se sont tues, la question palestinienne reste entière et ne peut se réduire à de seules réponses humanitaires.


Les différentes campagnes pour dénoncer les accords préférentiels entre l'Union européenne et Israël, pour organiser le boycott citoyen des produits israéliens doivent se poursuivre et s'amplifier pour contraindre le gouvernement israélien qui sortira des élections du 10 février à engager au plus vite des négociations en vue d'un accord définitif.


Pour le MRAP, la création d'un Etat palestinien dans les frontières de 67 et ayant Jérusalem-Est pour capitale, le règlement du problème des prisonniers et celui des réfugiés conforme aux résolutions internationales constituent la seule solution capable d'apporter une paix juste et durable dans la région et la sécurité pour les peuples.


Paris, le 22 janvier 2009

Tag(s) : #Palestine, #Gaza, #MRAP