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Analyse du MRAP national  :

Un cessez le feu serait sur le point d’être conclu, même si l’offensive s’intensifie : ainsi en est-il toujours en pareille circonstance avant l’ouverture de négociations pour les aborder en position de force. Néanmoins ce sera pour les habitants de la bande de Gaza la fin d’un martyre qui aura laissé derrière lui plus de 1 100 morts palestiniens soit à l’échelle de la France près de 47 000 morts, mais la nouvelle en soi est attendue presque écrite d’avance.


Du côté israélien,

  • la dégradation de l’image d’Israël,

  • l’issue imprévisible des combats à l’intérieur de la ville même de Gaza pouvant se solder par un bilan en pertes israéliennes jugé trop élevé par l’opinion publique,

  • la proximité des élections législatives qui exige de positiver l’opération en présentant ses principaux objectifs comme atteints,

  • la volonté de ne pas inaugurer les rapports avec la nouvelle présidence des Etats Unis le 20 janvier sur une quelconque divergence de vues,

du côté palestinien,

  • les effets des bombardements dévastateurs, l’utilisation par Israël d’armes de nouvelle génération expérimentées en la circonstance,

  • l’impossibilité de continuer longtemps les combats en l’absence d’approvisionnement,

  • le profit tiré par le Hamas de l’image positivée de sa résistance face à Israël ,

enfin les réactions de la « communauté internationale »  dont l’absence de volontarisme a été criant et qui aujourd’hui peut manifester sa présence parce que les logiques internes à chaque camp poussent leurs responsables à rechercher un cessez le feu,

tous ces éléments concourent vers une fin prochaine du conflit et renvoient à une sorte de spectacle le débat de l’Assemblée nationale d’une représentation parlementaire qui se montre plus préoccupée des retombées réelles ou supposées du conflit en France que par le sort des Palestiniens de la bande de Gaza.


Ainsi après une guerre aux effets catastrophiques pour la Palestine, la ruine totale de Gaza, la situation atroce de ses habitants, après un nombre impressionnant de victimes dans un rapport près de 1 à 100 entre Israéliens et Palestiniens , rien n’est réglé, tout reste à faire dans une situation devenue encore plus chaotique.

La question du pouvoir à Gaza reste entière. Le gouvernement israélien qui justifiait son offensive également par sa volonté de se débarrasser du gouvernement du Hamas ne prend conscience que maintenant du problème de son éviction et des dangers de la vacance du pouvoir.

Et ce qui est dramatique, c’est qu’après vingt jours de guerre, de carnage et de désolation semés par l’armée israélienne, les propositions de règlement actuellement sur la table reprennent pour l’essentiel celles faites par le Hamas il y a plus de six mois lorsqu’il avait décrété une trêve unilatérale…Une guerre pour rien, c’est monstrueux.


Cette intervention militaire –comme toutes celles menées précédemment en Palestine par les Israéliens- représente bien la pire des solutions : celle qui fabrique les futurs « terroristes » et fait reculer les perspectives d’une paix juste, celle qui détruit un peu plus la Palestine en portant atteinte à son unité. En jouant l’Autorité palestinienne contre le Hamas et vice-versa, Israël montre bien qu’il ne veut aucun interlocuteur ayant la légitimité nécessaire et le soutien de son peuple pour mener dans les meilleures conditions des négociations sur le futur Etat palestinien.


A la suite de ce qui sera alors l’après guerre militaire, les armes s’étant tues, une autre guerre plus feutrée mais tout aussi violente va se dérouler au niveau diplomatique et là également sur le terrain de la négociation, Israël et ses alliés sont en position de force.

Pour le MRAP, humilier les Palestiniens serait une erreur grave et placer Gaza sous domination étrangère porterait préjudice à toute volonté de paix.

Aucune mesure ne doit être imposée qui apparaîtrait comme une tentative détournée pour obtenir ce qu’Israël a tenté d’obtenir par les armes. Ainsi en est-il du projet évoqué de construction d’un nouveau mur à la frontière de l’Egypte qui isolerait encore davantage Gaza et équivaudrait à neutraliser toute future et légitime résistance palestinienne.


A plus long terme, cette position dominante ne doit en aucune manière mener Israël à continuer de rejeter les revendications légitimes des Palestiniens comme l’expérience de négociations passées l’a démontré.

Si les conditions fixées par Israël ont toujours pu être imposées , les concessions qu’il devait faire en échange ont été toujours remises en cause sans réaction d’une « communauté internationale » montrant en la circonstance un déséquilibre de traitement entre les parties.

Ainsi en fut –il de la reconnaissance d’Israël comme préalable à toute discussion , (condition remplie par l’OLP en 1988 …et vingt ans plus tard la Palestine se retrouve démembrée),

Ainsi en fut –il de la prise en compte de la sécurité d’Israël (elle a eu pour résultat un territoire palestinien découpé en trois zones, de statuts administratifs différents, sans libre circulation entre elles, et une dégradation des conditions de vie ayant amené au déclenchement de la deuxième Intifada).

Ainsi en fut-il de l’exigence d’élections libres (elles ont vu la victoire du Hamas et la remise en cause immédiate du gouvernement qu’il avait formé par ceux-là mêmes qui avaient poussé les Palestiniens à les organiser).

Les négociations ont toujours cherché à engager définitivement les Palestiniens tout en laissant les mains libres aux Israéliens à qui l’on n’a jamais reproché le non respect de leur signature ou de leurs engagements. Résultat de tout cela : pour les Palestiniens, la vie a toujours été pire après.


Pourtant il n’y a pas d’autre solution que de négocier : « la communauté internationale » doit prendre toutes ses responsabilités pour contraindre Israël à abandonner le domaine de la force et à accepter celui du droit international en se conformant de façon stricte au respect des résolutions internationales. Cela n’est pas évident : le bombardement volontaire du siège de l’ONU à Gaza est un message qui prouve bien qu’Israël n’a que faire des condamnations de l’ONU. Seul reste donc le langage des sanctions et de la fermeté qui doit dès à présent se traduire par la comparution devant un Tribunal international des responsables israéliens qui ont volontairement commis ces crimes de guerre sans nom…Israël ne doit pas rester au-dessus des lois.

Pour le MRAP, des actions résolues et de fortes  pressions peuvent avoir un effet réel sur Israël. Des mesures touchant les intérêts israéliens comme l’arrêt des collaborations économiques ou la suspension des accords préférentiels pourront contraindre Israël à enfin accepter la création d’un Etat palestinien dans les frontières de 67, avec Jérusalem-Est comme capitale. Différer encore ces mesures à l’encontre d’Israël, c’est différer la résolution du problème des réfugiés, c’est retarder toujours plus la création d’un Etat palestinien prévu par les accords d’Oslo pour…. mai 1999 !

Mais dès à présent et de façon urgente, le MRAP appelle l’Union européenne à venir en aide aux populations , à participer à la reconstruction de l'économie de Gaza et, de façon symbolique, à affecter à ces opérations la totalité des fonds destinés aux actions de coopération avec Israël.


Paris le 16 janvier 2009

Tag(s) : #Palestine, #Gaza, #MRAP