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Déclaration du MRAP         LA DETTE N'EST PAS LA LEUR, C'EST LA NÔTRE

Aujourd'hui la crise financière ne doit pas nous faire oublier ce que l'on appelle communément et de façon souvent abusive la dette du Tiers Monde. Et ce mot même de dette a un impact négatif car il induit une vision infantilisante et dévalorisante des pays et donc des peuples qui en sont victimes d'autant plus que la dette n'est que le produit d'un système ravageur, mis en place par les institutions financières internationales, qui organise une véritable recolonisation du Tiers Monde à nouveau placé sous la tutelle des pays industrialisés.

Pour le MRAP, la question dite de la dette doit être abordée dans son contexte historique qui remonte aux premières phases de la mondialisation. Parler de dette aujourd'hui ne doit pas conduire à passer sous silence la dette contractée hier par les pays riches au moment de la colonisation par le pillage, l'exploitation, la traite négrière qui ont permis l'essor de leur économie. En ce sens, si dette il y a, c'est plus celle des pays riches que celle du Tiers Monde.

Néanmoins pour le MRAP les raisons de se mobiliser contre la dette du Tiers Monde dépassent ce simple constat :

  • Parce que la dette génère plus la pauvreté qu'elle ne la réduit et qu'elle avive, dans un contexte d'anéantissement des politiques économiques et sociales imposé par les institutions financières internationales, des tensions sur des bases ethniques ou religieuses,
  • Parce qu'elle a des effets directs sur les mouvements de populations et les souffrances dont sont victimes dans les pays d'«accueil» les personnes forcées à l'exil

le MRAP ne peut rester indifférent au sort des pays endettés et de leurs populations. 

Parce que les mécanismes mis en place par les institutions financières internationales ont favorisé l'explosion de la dette qui a été multipliée par quatre au cours de ces vingt dernières années,

  • Parce qu'ils font entrer des pays endettés dans le cycle infernal de l'obtention de nouveaux emprunts pour payer les intérêts des prêts antérieurs et qu'ils ont conduit les économies des pays endettés au bord de la banqueroute,

le MRAP demande le démantèlement complet des mesures imposées aux pays pauvres tant il est impossible de régler la question de la dette sans mettre en cause le rôle néfaste des institutions financières internationales.

 Parce que ces mesures prises par le FMI et la Banque mondiale favorisent le développement des rapports marchands au détriment des systèmes de régulation traditionnels de la vie sociale,

  • Parce qu'elles entraînent des coupes sombres prioritairement dans les budgets sociaux -éducation, santé - aggravant les injustices,

le MRAP condamne la politique antisociale de ces institutions et exige l'abandon complet de tout l'arsenal ultra libéral que sous tendent les plans d'ajustement structurel dont les premières victimes sont les populations les plus démunies.

Parce que les institutions financières internationales ont toujours transféré le poids de leurs erreurs exclusivement sur les pays en développement et ont toujours choisi de garantir les créances des pays industrialisés plutôt que de sauver les économies des pays endettés,

  • Parce qu'elles ont permis aux multinationales du Nord, par l'introduction de capitaux privés qu'elles ont favorisée, de prendre le contrôle d'entreprises du Sud,

le MRAP refuse que les pays du Tiers Monde soient tenus pour responsables de cette gestion calamiteuse par les institutions financières internationales et en paient les conséquences.

 Parce que le remboursement de la dette contraint les pays endettés, pour se procurer les devises nécessaires, à augmenter leurs cultures d'exportation au détriment des cultures vivrières, entraînant directement une aggravation des situations de famine, ce qui conduit à l'importation de produits alimentaires du Nord ayant pour effet une augmentation du poids de la dette,

  • Parce qu'il est responsable dans les pays en développement des problèmes écologiques graves dus à une exploitation outrancière des ressources et des terres

le MRAP appelle à combattre ce système destructeur pour des populations entières et leur environnement, et qui a perdu toute légitimité.

 Parce que ce système met en place un véritable transfert des capitaux et des richesses des pays pauvres vers les pays riches rendant légales des pratiques à la limite de l'extorsion de fonds,

  • Parce que les taux pratiqués pour les emprunts concédés aux pays pauvres relèvent plus de l'usure que de l'aide, (et plus les pays sont aux abois et plus les taux sont élevés),
  • Parce que dans de nombreux cas, la dette contractée par des régimes dictatoriaux est illégitime et doit être considérée comme une «dette odieuse»,
  • Enfin parce que la dette du Tiers Monde n'a plus lieu d'être puisqu'elle a déjà été remboursée plusieurs fois, (six fois depuis 1980, en cumulant capital et intérêts),

le MRAP appelle conjointement et à un démantèlement complet des mécanismes qui la génèrent et à une annulation complète de la dette des pays pauvres,  condition sine qua non au redémarrage de leur économie.

 Seule une convergence des luttes entre pays endettés permettra de satisfaire aux exigences sociales proclamées par les textes internationaux et de faire échec aux diktats imposés par les institutions financières internationales.

Annuler la dette est possible, les sommes mobilisées pour sauver les banques prouvent à l'évidence que l'annulation de la dette, nécessitant bien moins de fonds, reste avant tout une question de choix politique et de volonté.

 Le MRAP demande donc la mise en œuvre de mesures pour venir réellement en aide aux économies sinistrées et appelle à manifester sa solidarité active aux populations concernées sachant que c'est, par delà les frontières, un même destin commun qui est le nôtre.

 

Paris, novembre 2008

Tag(s) : #Solidarité internationale, #MRAP