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Projet de réforme du renseignement intérieur : un danger pour les libertés publiques

Le MRAP tient à exprimer son inquiétude la plus vive devant les dangers pour les libertés publiques que représente le projet de réforme du renseignement intérieur. En effet, selon Le Monde, les missions  d'enquêtes et de renseignements devraient être scindées en deux :

Celles en "milieu fermé", en clair l'espionnage interne sont fusionnées avec celles de la DST au sein de la Direction du renseignement intérieur (RI), les autres, dites de renseignement ouvert, c'est-à-dire le suivi
des activités officielles des partis et organismes divers, de la violence urbaine, etc. sont dévolues à la future sous-direction de l'information générale (SDIG).

Cette réforme s'inscrit dans la cadre de la Révision générale des politiques publiques (RGPB) mais présente en outre des aspects spécifiques bien plus inquiétants :

1. "La traditionnelle section "presse-communication" des RG passe entièrement sous la coupe RI, soumise à l'habilitation "confidentiel défense"". Ce qui signifie la mise en place de l'opacité en matière d'information par un verrouillage de l'information et de la communication.

2. "si l'islam traditionnel, comme toutes les religions, reste du domaine de la SDIG, tandis que l'islam radical est du ressort du RI, la future direction centrale du renseignement intérieur pourra, quand elle l'estime nécessaire, et sans prévenir, intervenir dans tous les domaines."

C'est-à-dire, qu'au motif de lutter contre un ennemi intérieur présumé complice d'un ennemi extérieur, un service dont les missions ressemblent plus à celles de l'ancienne DST qu'à celles d'un police républicaine  agissant en milieu ouvert pourra infiltrer, surveiller, interroger des associations ou individus sur la seule base de leur appartenance confessionnelle.

Le "Figaro" du 18 mai 2008 nous avait déjà appris que cette nouvelle direction serait confiée à un diplomate "spécialiste du monde arabe" : ainsi l'ennemi est clairement désigné.

Le MRAP dénonce cette réforme et les idées qui la sous-tendent. Elle rappelle trop la situation française d'avant 1939 où juifs et/ou étrangers étaient désignés par les racistes comme des "agents de l'étranger" et ces derniers soumis à une surveillance policière particulière (le décret-loi Daladier du 2 mai 1938 notamment).

Il faut se rappeler, toutes choses étant égales par ailleurs, que ce sont toutes ces campagnes de presse et l'appareil de surveillance mis en place qui ont facilité l'oeuvre de mort des nazis.

Paris, le 25 juin 2008
 
Tag(s) : #Libertés, #MRAP, #Police