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Déclaration
Face à la « politique juste et efficace » de Nicolas Sarkozy et Brice Hortefeux, Le MRAP
solidaire du mouvement de grève des « travailleurs sans papiers » réitère sa juste exigence de régularisation de tous les Sans Papiers

Tandis que le président de la République s’exprimait solennellement hier soir, jeudi 24 avril, devant les télévisions nationales depuis le palais de l’Elysée, son ministre « de l’Immigration, de l’Identité Nationale,
de l’Intégration et du Développement solidaire », répondait sur une pleine page du journal Le Monde aux questions de tous les « esprits chagrins et malintentionnés » dénonçant l’injustice de sa politique.

Dès février 2001, l’arrivée de neuf cents « boat people »  Kurdes, volontairement échoués sur la plage de Fréjus, avait donné lieu à des déclarations du ministre de l’Intérieur de l’époque - « la France fera tout ce qu'elle pourra faire pour être efficace contre ces "exploiteurs de la misère humaine" » -  qui n’auront pas manqué d’inspirer, s’il en était besoin, le ministre aujourd’hui chargé de l’Immigration pour qui les 1800 migrants, victimes reconnues de la traversée de plus en plus meurtrière de la Méditerranée, sont « victimes de réseaux et de passeurs » face auxquels il ne faudrait pas « rester les bras ballants ».

Des causes premières et profondes – persécutions politiques, gouvernance corrompue, Dette étouffante, sous-développement économique, absence de débouchés et d’espoir…-  de l’exil de Kurdes de 2001 aux « brûleurs de frontières » Africains et Maghrébins d’aujourd’hui, le gouvernement ne semble avoir véritablement rien à dire.

Si ce n’est, depuis 2006 en particulier, l’objectif affirmé du droit de la France (comme de l’Union Européenne) de « choisir » son immigration en fonction des besoins de ses métiers en tension et de son économie globale. De quoi battre en brèche la préoccupation exprimée par Monsieur Hortefeux de ne pas ignorer que « les pays d’émigration eux-mêmes nous demandent de ne pas piller leurs forces vives».

Alors que le ministre affirme de l’immigré accueilli « légalement » sur le territoire national qu’il « doit avoir, pour l’essentiel, les mêmes silencieux sur la revendication par le Collectif "Votation Citoyenne" de l’inclusion du « droit de vote des étrangers dans la réforme constitutionnelle  pour la modernisation des institutions de la Vème République ». Quant au président de la République, qui y serait favorable, il se cache derrière sa majorité parlementaire pour ne pas y donner suite.

Schizophrénie administrative que la régularisation d’étrangers par les préfectures ! Ainsi, le ministre entend corriger les dysfonctionnements des préfectures – qu’il induit en premier lieu par ses objectifs chiffrés en matière d’éloignements forcés – en régularisant fort heureusement « une dame Turque malade âgée de 89 ans » mais en n’hésitant pas à la laisser la préfecture de Chartres tenter de renvoyer à tout prix Mme Thérèse Kopia, âgée, veuve et malade, grand’mère de 19 petits-enfants français, sauvée de cette injustice par la Justice française. Etonnante arithmétique, aussi, que la statistique officielle de l’immigration « clandestine » par ce gouvernement qui annonce une baisse, pour la première fois en 2007, de 6% des « clandestins » présents en France :  ces quelque 23.000 reconduites à tout prix, y compris celui de la dignité humaine ?  Les éloignements forcés, pas plus que les périls mortels de la traversée, n’ont jamais arrêté la volonté inébranlable de ceux qui défient les frontières pour la survie des leurs, à l’ère de la mondialisation, des conflits généralisés, de la raréfaction de l’eau et des catastrophes climatiques.

Les Centres de rétention – ces camps d’internement d’étrangers en instance d’expulsion - constituent sans nul doute une pièce maîtresse du dispositif : des centaines dans l’Union Européenne et aux marches Sud et
Est de l’UE, recensés par le Réseau MIGREUROP (http://www.cafe-geo.net/article.php3?id_article=1235) qui les qualifie d’ « archipel de la honte ». Un projet Européen de directive prévoit de pouvoir y maintenir des étrangers, innocents mais criminalisés parce que migrants, jusqu’à au moins 18 mois, véritable « Directive de la Honte » contre laquelle a lieu une manifestation Européenne à Bruxelles le 7 mai prochain. C’est dans ce contexte délétère qu’est de plus en plus criminalisée et honteusement poursuivie la solidarité des citoyens avec les migrants en souffrance.

Enfin, il est indigne que soient volontairement brouillées les frontières entre critères de régularisation et conditions exigibles en matière de naturalisation, comme le laisse entendre la conférence de presse présidentielle. Le MRAP partage  l’analyse du collectif UCIJ-Uni(e)s contre une Immigration Jetable selon laquelle la décentralisation  des décisions de naturalisation aux préfectures est notamment susceptible de « multiplier les blocages d’une « politique du chiffre » étendue aux naturalisations, qui plus est susceptible de
varier selon les aléas locaux ». Contre ces tristes réalités, le meeting  Syndicats-Sans papiers-citoyens du 23 avril à la Bourse du travail de la rue Charlot marque un grand moment de solidarité, de détermination et d’espoir.


Le MRAP réitère sa juste exigence de régularisation de tous les Sans Papiers


Paris, le 25 avril 2008
Tag(s) : #Immigrés et étrangers, #MRAP